À toi, ma fille à naître Ou La culpabilité — Partie 2

Bonjour ma fille ! 

Comme je suis heureuse de te savoir grandissante dans mon ventre, vivante. Comme j’aime te sentir bouger de plus en plus. Voilà longtemps que j’attendais ta venue…

Nous en sommes à ton mi-parcours intra-utérin et oh combien déjà tu me fais réfléchir, me questionner, douter, repenser et réfléchir encore un peu… Tout d’un coup, ce que je dis, ce que je fais et tous mes choix ne m’affectent plus seulement moi, car il y a toi, qui vis en moi, qui ressens en moi. Et tout d’un coup, ce à quoi je m’expose, ce que je consomme, je dois le réfléchir pour savoir comment cela pourrait t’impacter.

La grossesse implique souvent des changements à nos habitudes de vie. Certains ont été plus faciles que d’autres. Moi qui me limitais à deux cafés par jour pour ne pas nuire à la fertilité, j’ai été fort aise de constater que je n’avais plus envie de ce breuvage une fois enceinte. Facile !

Mais comme tu le sais déjà ma fille, la drogue de prédilection de ta maman, c’est le cannabis. Moins facile !

Ah, comme j’aimerais vivre sereinement et pleinement, sans avoir besoin d’une béquille, d’une aide extérieure, d’une source de réconfort et d’apaisement. Et même si, du moment où nous avons appris ta présence à ta douzième semaine de vie, j’ai trouvé la force et la détermination de ne pas consommer, j’ai éventuellement flanché. Il y aura eu cette journée ensoleillée sur le balcon, où je jonglais avec mes stress et mes angoisses : celles liées à la vie, aux rénovations, aux relations et je dois bien te le dire – à te venue. Serais-je une mère adéquate ? Est-ce que je saurai allaiter ? Comment vais-je gérer les relations avec tes grands-parents et nos profondes différences de valeur et de principes? As-tu vraiment besoin que je t’achète un chauffe-lingette ?!?! Comment tous ces changements affecteront-il mon corps? Aurais-je la santé mentale et physique pour bien prendre soin de toi au quotidien, et ce, à chaque jour?

Alors j’ai cédé et j’ai fumé. J’ai été soulagé puis j’ai culpabilisé. 

Car on ne connaît pas bien les effets du cannabis chez le fœtus. La criminalisation de la substance n’a pas permis de faire autant de recherche ou d’en parler aussi librement que pour d’autres drogues (alcool, sucre, caféine, antidépresseurs et les autres…). Et puis il y a tout le problème du dosage, influencé par le type de cannabis consommé, sa composition (THC, CBD, mais aussi des autres centaines de molécules de la plante…), la façon de le consommer (fumé, vapé, ingéré…) et la quantité… 

Je me sentais tellement mal : je ne suis pas encore officiellement mère et je ne suis pas à la hauteur. Je suis faible, je devrais avoir la force de me restreindre, pour toi, pour ta santé et ton développement. Je devrais être plus forte, ne pas avoir recours à cette substance, ne pas ressentir d’émotion négative, ne pas déprimer, ne pas avoir des peurs liées à ta venue…. J’en ai pleuré, tellement je me trouvais inadéquate. Et je t’ai demandé de m’excuser. 

Mais par cette demande m’est venu une pensée claire : ce discours où je me dénigre et m’autoflagelle, où je culpabilise d’être la personne que je suis, ce n’est pas le discours que je veux te transmettre. 

Si je le peux, je veux t’apprendre à t’accepter tel que tu es. À voir ta beauté, tes contributions et tes apports. À valoriser tes bons coups et tous les efforts que tu fais. Je veux que tu sois fière de toi ma fille, je veux t’apprendre la confiance en soi et l’acceptation de soi – car c’est si difficile dans notre société de paraître et de comparaison d’avoir réellement confiance en soi. 

Je ne te dis pas de vivre aveuglément, sans introspection. Je ne te dis pas de ne pas voir tes erreurs, tes manques ou tes points à améliorer. Je ne te dis pas de tomber dans l’arrogance, l’égo ou le narcissisme inconscient. Je ne te dis pas de ne pas demander pardon lorsque ce sera nécessaire. 

Vois-toi pour qui tu es réellement, pour qui tu seras réellement. Et vise toujours à être la meilleure version de toi même. Mais sans culpabilité débordante, sans focaliser sur tes tords, tes faiblesses. Regarde et chéris tes forces et tes réalisations. Trouve-toi belle, comme tu le seras, car nous le sommes tous, beaux, à notre façon. 

Et c’est ce discours que je veux te transmettre, celui de l’amour, du respect et de l’acceptation, des autres et surtout, surtout, de toi même. Nous sommes trop souvent notre pire bourreau.

Alors ma fille, je ne peux pas culpabiliser et m’autoflageller lorsque je succombe et que je consomme du cannabis. Je dois être contente de toutes les fois où je n’ai pas fumé — car oui, ma consommation a drastiquement diminué depuis ta venue ! – et même si je ne suis pas parfaite, dans le grand cosmos des choses, tu m’as choisi comme mère, avec tout ce que cela implique, alors tout est parfait, et je serai une parfaite mère pour toi. 

Je dois incarner ce que je veux te transmettre.

Et comme la vie fait souvent si bien les choses, dans toutes mes réflexions sur la culpabilité par rapport à ma consommation m’est arrivé un courriel de la communauté Mothers Mary, disant : 

« Over the next five days we will embark on a journey to rid ourselves of guilt and become more empowered by our decisions as women and mothers (…), so (we) can start feeling guilt-free about cannabis use. » 

Traduction : « Au cours des cinq prochains jours, nous entreprendrons un voyage pour nous débarrasser de la culpabilité et pour reprendre nos pouvoirs en tant que femmes et mères (…), afin que nous puissions commencer à nous déculpabiliser face à la consommation de cannabis. »

J’ai trouvé ça absolument à propos ! Le contenu était magnifiquement pertinent et intéressant, et m’a aidé à changer ma perspective : au lieu de voir les dangers et les risques potentiels de ma consommation sur ma santé et la tienne, j’ai aussi commencé à voir tous les avantages et bénéfices potentiels pour ma santé et donc la tienne. Car on se rappelle qu’avant d’être légalisé à des fins récréatives, le cannabis est d’abord et avant tout une plante médicinale qui m’apporte beaucoup de soulagement et même de bonheur ! Alors je trouve un peu plus ma paix dans ma consommation, et je déculpabilise un peu plus… 

Je dois d’ailleurs remercier la communauté Mothers Mary, sans quoi je n’aurais probablement pas trouvé le courage de publier ce texte, de me sentir exposé au jugement public… Car je voudrai aussi t’enseigner toute la force et l’importance de la gratitude.

Merci ma fille, pour tout ce que tu me permets de découvrir sur moi-même, de toutes les réflexions auxquelles tu m’incites déjà. J’ai hâte de grandir avec toi, d’en apprendre toujours plus et de veiller sur toi. 

Sur ce, je nous souhaite, pour maintenant et pour plus tard, de bonnes réflexions, responsabilisation, rayonnement et…. déculpabilisation !

Namaste, 

Ta maman qui t’aime déjà tant

« Le cœur est extensible tu le sais maintenant, T’y as mis tes enfants. »

– Paroles de La femme idéale de Ben Mazué

Et tu n’es même pas encore née…

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