Sur notre complexe et parfois hypocrite rapport avec les drogues…

Les drogues sont définies comme des substances, naturelles ou de synthèse, qui altèrent notre activité neuronale. Ses substances ont souvent le potentiel de nous rendre dépendants.

Pour moi, cette définition est limitative puisqu’il y a tellement d’autres choses qui altèrent notre activité neuronale et dont on peut être dépendant.

On me dit drogue, je pense :

  • Au cannabis, ma drogue préférée, mon talon d’Achille semi-assumé. Plante miraculeuse, mais malaimée, surtout par l’industrie pharmaceutique et autre lobbies de ce monde;
  • À l’alcool, cette substance ultra toxique, mais valorisée par la société, banalisée et intégrée dans nos mœurs de façon profonde ;
  • Aux médicaments sous prescription, que l’on prescrit de plus en plus, de plus en plus jeune, de plus en plus facilement ;
  • Aux médicaments en vente libre, que certains mangent comme des bonbons sans avoir lu les contrindications et les risques associés ;
  • Aux drogues dures, qui ont parfois des tristes conséquences pour les utilisateurs et leur proche, mais qui en aident d’autres dans leur performance au quotidien ;
  • À la cigarette, petits bâtonnets de tabac vendus à tous les coins de rue, qui contiennent des milliers d’additifs donc quelques dizaines étant des substances toxiques ou cancérigènes ;
  • Au sucre, une des pires drogues selon moi, car elle n’est pas perçue comme telle, qu’elle est partout, banalisée et donnée à nos enfants (très bel — et perturbant — article paru il y a quelques années par la National Geographic… On comprend d’où vient l’expression : Ça coute un bras et une jambe…)
  • Au café, breuvage de prédilection pour plusieurs, hautement addictif, et dont la popularité en hausse a d’importants impacts sociaux et environnementaux ;
  • Aux fromages, un produit qui ralentie les aspirants véganes dans leur course, se heurtant aux puissants effets de la caséine (substance dite plus addictive que l’alcool et la cigarette) ;
  • À la malbouffe, aussi bourrée d’additifs, mais avec une puissante industrie derrière qui multiplie les façons de nous rendre accro
  • Au jeu compulsif, de hasard et d’argent, sous la forme de gratteux, tirage, paris, machines, casino, légal ou moins légal — de l’impôt déguisé ou du crime organisé ;
  • Aux jeux vidéos, nouveau mal des générations, qui en obsèdent plus d’un, avec des jeux souvent violents;
  • Aux divertissements à outrance et consommé comme d’un bien jetable, à usage unique, sans en apprécier le travail réel et toutes les ressources derrières;
  • Aux médias sociaux, qui pour plusieurs constituent la première chose consultée le matin, et la dernière chose regardée le soir, au détriment des rapports sociaux réels, qui changent complètement nos interactions sociales et créent beaucoup de maux…
  • Au sexe, qui peut devenir une obsession et mener à des comportements irrespectueux et blessants ;
  • À l’affection, sous la forme de dépendance affective, qui peut mener un individu dans des cycles de relations malsaines et souffrantes ou qui mène un individu à voir en un autre la clé à tous ces maux, le remède à toute ses souffrances ;
  • À n’importe quelles substances, comportements, activités, faites à outrance et dans l’abus, lorsqu’on sent « qu’on en a absolument besoin » pour vivre, pour être, pour continuer notre route….

Ces drogues-là, je les ai pas mal toutes consommées ou essayées à un moment ou un autre de ma vie, et j’en consomme encore plusieurs sur cette liste, certaines même quotidiennement….

Est-ce que c’est bien ? Est-ce que c’est mal ?

On a pas mal tous une opinion sur ces substances, une opinion influencée par différents facteurs, comme la légalité et la légitimité sociale, notre perception des effets sur notre santé, nos propres expériences, celles de notre entourage, des légendes urbaines, des ouï-dire, des contes et des fables, des émissions télévisées ou des films….

Certains diront que tout est dans la quantité. Prendre un verre de vin par jour, ce serait ok, mais huit, ce serait trop.

D’autres diront que c’est dans l’intention derrière. Est-ce que je prends cette substance pour me soigner ? Pour me soulager de souffrances ? Pour relaxer ? Décrocher ? Fuir ?

Mon plus gros problème avec notre complexe rapport avec les drogues, c’est toute la subjectivité, la désinformation, voir même l’hypocrisie qui se cache derrière.

Il n’y a pas de lien causal logique entre les effets d’une substance ou d’un comportement, son efficacité, son aspect légal ou illégal, les perceptions sociales qui l’entourent et même les coûts sociaux qui y sont liés. Certaines drogues sont banalisées, acceptées, valorisées même, alors que leurs conséquences sont désastreuses. D’autres substances sont ostracisées, alors qu’elles ont de nombreux effets bénéfiques et beaucoup moins de conséquences négatives.

Et pour en faire un exemple concret que j’ai vécu et que je vis, comparons l’alcool et le pot !!

L’alcool

L’alcool au Québec, c’est cool, c’est bien vu. C’est vendredi, on s’ouvre une tite bouteille ! C’est mardi, mais j’ai eu une journée difficile, on s’ouvre une tite bouteille ! Il est 11 h du mat, mais on brunch, pas de trouble, on s’ouvre une tite bouteille ! La SAQ nous projette de belles images de gens heureux, pétillant de bonheur. L’alcool fait partie de plusieurs rites et est disponible partout : resto, dépanneur, épicerie, bar, taverne.

Pourtant, l’alcool est une substance dont on peut facilement devenir accro, et qui présente des symptômes physiques de sevrage si on arrête subitement. Elle peut causer des problèmes pour plusieurs organes, puisque notre corps doit travailler fort pour se désintoxiquer. Foie, pancréas, cœur, cerveau, système immunitaire, tout ça est affecté. Il y a une corrélation importante entre le nombre de consommation quotidienne et le risque de développer des cancers, de la cavité buccale et du pharynx, de l’œsophage, du colon, du rectum, du foie, du larynx, du sein… allez voir à la page 5 ici, ça fait un peu peur.

Et que dire des effets sur le comportement, qui mène parfois à des manques de jugements, des actes violents, des pertes de mémoires du genre « black-out » ? J’ai eu deux épisodes dans ma vie ou j’ai eu des black-out d’alcool ; il me manque des blocs d’une ou deux heures de ma vie, ou je n’ai aucun souvenir de ce que j’ai fait. Aucun. AUCUN. Et ça, je trouve ça freakant !

Selon ce rapport, les coûts et méfaits liés à l’alcool seraient de 14,6 milliards de dollars au Canada annuellement (malheureusement et étrangement, il n’y a pas de donnée pour le Québec dans ce rapport pancanadien…), dont 29 % directement liés au soin de santé.

L’Organisation mondiale de la Santé estime qu’il y a eu plus de trois millions de morts liés à l’alcool dans le monde en 2016.

Le cannabis

Le cannabis est nouvellement légalisé au Canada ! Yé !! C’est un pas dans la bonne direction selon moi, mais on est encore loin d’accepter la substance collectivement. La SQDC est on ne peut plus générique. On ne peut pas montrer le cannabis ou même une icône qui pourrait rappeler la substance. On ne peut pas faire la promotion du lifestyle. Pas de photo de gens heureux, leur joint à la main, non. Ça, c’est illégal.

Le cannabis ne peut pas rendre physiologiquement dépendent. On peut se sentir accro à cette substance, mais c’est d’un point de vue surtout psychologique. Il peut y avoir une période d’adaptation si on arrête de consommer après avoir consommé quotidiennement, comme des troubles de sommeil ou une agitation, mais pas de symptômes physiques de sevrage. Genre qu’il y a plus de symptômes de sevrage si on essaye de couper le café de notre vie radicalement !

Les effets secondaires notés sont des palpitations cardiaques, des yeux rouges, la bouche sèche, une sensation de nausée. Il peut y avoir des cas de bad trip (mais selon moi c’est fortement lié à la confiance qu’on a dans notre environnement et notre état mental préconsommation) ou un trip de bouffe. Le cannabis peut avoir des effets plus importants chez les jeunes aussi, mais passé 18 ans, les effets seraient pratiquement nuls. Et tout le reste, c’est pas mal dans le registre de la légende urbaine, de la désinformation partisane ou des histoires racontées à moitié. Le cannabis tue les cellules du cerveau : c’est faux, mais c’est vrai pour l’alcool ! Le cannabis rend schizophrène : c’est faux, ce serait plus juste de dire que le cannabis pourrait déclencher la maladie chez quelqu’un qui en serait porteur. Fumer le cannabis donne le cancer des poumons : le fait de fumer augmente ce risque, mais le cannabis vient aussi protéger et réparer les cellules, donc il n’y aurait pas de corrélation réelle entre les deux. Si vous levez le sourcil de scepticisme ici, c’est bien parfait. Je vous invite à faire vos recherches et bien vous informer. J’ai eu le plaisir d’assister à une conférence d’André Gingras plus tôt cette semaine. Il est l’auteur du livre et blogue « Grand-maman fume du pot ». J’ai bien aimé son approche posée et bien nuancé. Mais bien sûr, il existe beaucoup d’autres sources d’information…

Je ne dis pas que consommer du cannabis est sans risque. Il faut le consommer intelligemment. Mais je veux dire que le cannabis a aussi toute une autre facette non négligeable, même si réprimée depuis la grande prohibition de 1937. Le cannabis est avant tout une plante à usage médicinal. Elle a prouvé son efficacité pour de nombreuses personnes et dans plusieurs contextes, et ce depuis 2700 ans avant la naissance de Jésus !! Si elle était vendue en pharmacie à la fin du dix-neuvième siècle, son statut a radicalement changé, sous la pression et le contrôle des lobbies du papier, pétrole et charbon… En plus de l’euphorie et du bien-être que la substance peut causer, elle peut guérir ou aider à diminuer les symptômes dans les cas de : cancer, épilepsie, douleurs chroniques, sclérose en plaques, traitement de la maigreur, Alzheimer, troubles du sommeil, soins palliatifs, asthme, maladies psychiatriques, glaucome, migraines…. Vous trouverez un bel exemple attendrissant du puissant pouvoir de cette belle plante ici, mais il y en a tant d’autres. Faites vos recherches.

Selon le même rapport que tantôt, les coûts et méfaits liés au cannabis seraient de 2,7 milliards de dollars au Canada annuellement, dont 62 % directement lié… à la justice pénale !! Le rapport datant de 2014, on va donc voir une importante diminution des coûts liés à cette substance. Heureuse nouvelle pour les contribuables ! 

Et dans tout le monde, tous les cas répertoriés historiquement de décès lié à une overdose de cannabis, combien ? Zéro, avec un grand z oui, aucun. La dose létale du cannabis serait l’équivalent de fumer entre 20 000 et 40 000 joints en 15 minutes…. C’est pas possible, même pour Snoop Dog…

Donc

Devant toute cette information, je trouve ça ben ironique de me faire juger parce que je fume un joint, alors que la personne qui porte le jugement termine sa quatrième coupe de Merlot…

Je trouve ça même malheureux qu’il y ait tant de désinformation, nuisible pour notre santé, et qu’on y croie. Nous avons été collectivement bernés entre autres sur le sujet des drogues, mais il est maintenant temps d’en prendre conscience et de reprendre notre pouvoir, si non sur nos consommations, au moins sur nos perceptions de ces substances… Comment on perçoit (ou non) l’omniprésence du sucre dans nos vies, comment on banalise l’usage abusif des médias et de la technologie, comment on ingère des pilules légales sans comprendre le moteur réel qui motive l’industrie….

Alors je vous pose une question, peu importe quelle drogue vous consommer, si vous en consommez une : savez-vous vraiment ce qu’elle fait sur vous ? Sur votre système ? Sur vos interactions sociales ? Est-ce qu’elle vous aide ? Est-ce qu’elle vous nuit ? Quels sont les effets secondaires, les interactions possibles, les risques à long terme ? Cette substance ou activité est-elle sous l’influence d’un puissant lobby ? Sommes-nous manipulés pour l’utiliser sans en comprendre toutes les implications ? Pourrait-elle être remplacée par autre chose qui pourrait être plus bénéfique, moins nuisible ? Pourriez-vous laisser tomber complètement cette béquille, et vivre droit devant les vents et l’adversité ? Est-ce que votre consommation cache autre chose ? Un problème plus lourd qu’on n’est pas prêt à affronter…

Et devant d’éventuelles réponses, il ne faut pas se juger, mais plutôt chercher à s’aider. Comme il ne faut pas juger les autres, peu importe leur drogue, leur dépendance… On ne connait pas tout leur parcours, toutes les embuches de la vie. On ne peut être qu’accueillant et bienveillant et tenter d’aider son prochain, pour mieux s’aider soi-même.


Je vous l’ai mentionné, ma drogue, c’est le cannabis. Je vous raconterai un jour quand et comment cette substance est apparue dans ma vie et comment mon usage s’est transformé au fil des ans. D’une certaine façon, je suis heureuse que ce soit ça, ma béquille. Une belle plante naturelle, qu’on peut maintenant consommer de façon légale et donc beaucoup plus sécuritaire.

Mais en même temps, je suis un peu déçue, déçue d’avoir besoin de cela pour être bien, pour soulager mes douleurs chroniques, pour diminuer mon stress, pour me changer les idées, pour me divertir et passer du bon temps avec les miens….

Je sais que cette consommation cache autre chose, une souffrance, un mal-être. J’ai l’impression de ne pas être la seule à avoir besoin d’un exutoire ou d’une échappatoire… Comme si ma consommation reflétait un mal de vivre collectif qu’on ne sait comment gérer…


Peu importe quelle est notre drogue ou nos drogues de choix, le plus important selon moi est de conscientiser notre consommation et d’admettre nos dépendances si tel est le cas. Et encore fait-il que l’on considère que cette drogue ou cette chose nous crée une douleur ou une souffrance jugée « cliniquement significative », car ce serait là, l’incitatif réel à modifier cette habitude. Ou peut-être que des enjeux environnementaux et socioéconomiques peuvent aussi nous inciter à modifier nos comportements ?!

À go, on boycotte la SAQ tant qu’il n’y a pas un système de consignation sur les bouteilles ?!?!? Hahaha, I think not…. : P

Si vous avez des problèmes avec une ou des drogues et que cela vous cause de la douleur, ou à vos proches, n’hésitez pas à aller vers des ressources d’aide. Je n’ai été qu’à une rencontre des Narcotiques Anonymes, mais j’y ai trouvé beaucoup d’ouverture, de respect, d’écoute et d’empathie. Ç’aura été une belle expérience et j’en garde une impression nette que dans le besoin, il y aura toujours quelqu’un prêt à m’aider….

Oui, je suis dépendante, mais non, je ne veux pas m’en sortir pour l’instant. Et ce choix m’appartient. Comme on se doit de respecter le choix des autres. C’est si complexe la vie, et parfois hypocrite…. Nous ne pouvons faire que de notre mieux, dans le moment présent et s’accepter ainsi…

Alors je vous invite encore une fois à un 5 minutes de réflexion, sur les drogues. Par rapport à vous, par rapport à votre entourage, par rapport à vos perceptions. Est-ce que ce texte vous inspire des pensées ? Y a-t-il autre chose qui vous inspirerait à prendre un 5 minutes de réflexion ?

Sur ce, bonnes réflexions, responsabilisations et rayonnement !!

Namaste,

Val Godro

Je suis de la génération qu’on émascule à la naissance, de la génération des enfants rois, enfants objets, enfants produits, enfants drogués, junkies infantiles qui arpentent chaque jour les rues de la ville.


L — Isabelle Sorente

3 réflexions sur “Sur notre complexe et parfois hypocrite rapport avec les drogues…

  1. […] Avec ta belle résine de cannabis, tu nous offres des effets médicinaux et récréatifs forts prisés, beaucoup moins toxiques et présentant moins d’effets secondaires que bien des médicaments et des drogues récréatives sur le marché, légales ou illégales… Tu peux guérir ou aider à diminuer les symptômes dans les cas de : cancer, épilepsie, douleurs chroniques, sclérose en plaques, traitement de la maigreur, Alzheimer, troubles du sommeil, soins palliatifs, asthme, maladies psychiatriques, glaucome, migraines… j’en faisant ton éloge et la comparaison avec la beaucoup plus méchante, mais banalisée alcool ici… […]

    J’aime

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s